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Représentation seulement symbolique des Meulières à Domme 

Un séjour de 2 jours

Ils arrivent un peu fatigués, un peu pressés aussi, comme souvent quand on part « seulement » deux jours. La voiture s’arrête devant Les Meulières, et déjà quelque chose décroche. Le silence n’est pas vide, il est habité.
« On dirait que le temps s’est assis avant nous », souffle la mère en regardant les arbres. Les enfants, d’abord excités, se taisent d’eux-mêmes. Ce n’est pas un ordre, c’est contagieux.

Le premier matin, ils montent vers la bastide de Domme sans programme précis. Le père propose un itinéraire, puis renonce. « On verra bien. » Ils croisent un artisan qui leur parle de pierre comme on parle d’un membre de la famille. Au belvédère, la vallée s’ouvre. « On dirait que la Dordogne respire », dit la plus jeune. Personne ne corrige. Personne ne photographie tout de suite.

L’après-midi, la marche vers La Roque-Gageac devient un jeu d’attention. Un oiseau, une odeur de mousse, un bruit d’eau plus bas. « On fait moins, mais on remarque plus », constate la mère, surprise par sa propre phrase. Le soir, autour d’un pique-nique simple, les enfants mangent sans écran et racontent ce qu’ils ont vu. Pas ce qu’ils ont fait. Ce qu’ils ont vu.

Le lendemain, sur la rivière encore endormie, le paddle glisse sans bruit. « J’ai l’impression de ne pas déranger », murmure le père. Dans les jardins suspendus de Marqueyssac, la famille s’assoit longtemps, sans se demander si c’est utile. À la fin du séjour, la question revient, un peu inquiète : « On n’a pas tout fait… » Et la réponse arrive, évidente : « Justement. »


Un séjour de 5 jours

Ils arrivent aux Les Meulières un peu trop chargés. Pas seulement les sacs. Le premier soir, on leur propose un dîner simple, mais partagé. Une grande table, quelques autres hôtes, des produits venus d’à côté. Pas de menu à rallonge, juste ce qu’il faut.
On mange tous ensemble ? demande-t-elle, surprise.
Oui, si ça vous va, répond l’hôte. Ici, les plats aiment les conversations.
Le repas prend son temps. On parle du trajet, puis du travail, puis de tout autre chose. À un moment, il se rend compte qu’il mange lentement. Volontairement. « Ça faisait longtemps », murmure-t-il, comme s’il parlait au plat.

Le lendemain, ils montent vers Domme. Au belvédère, ils rencontrent un homme d’un certain âge, carnet à la main. Il dessine la vallée.
Vous êtes d’ici ?
Depuis toujours… et jamais tout à fait, répond-il en souriant.
Ils restent un moment ensemble, sans se connaître vraiment. Avant de partir, l’homme leur dit simplement : « Ici, on ne regarde pas la vallée. On la laisse venir. » Cette phrase les accompagne toute la journée.

Le troisième jour, à vélo vers Sarlat, ils s’arrêtent plus souvent que prévu. Pas par fatigue, mais par curiosité. Au marché, une productrice leur parle de ses légumes comme d’un équilibre fragile.
Vous vendez bien aujourd’hui ?
Je vends juste ce qu’il faut, répond-elle. Après, je rentre déjeuner.
Ils achètent peu. Mais ils restent longtemps. En repartant, elle glisse : « Mangez-les ensemble, c’est meilleur. »
Le soir, aux Meulières, ils cuisinent lentement avec ce qu’ils ont rapporté. Le repas est imparfait, mais joyeux.
C’est étrange, dit-elle. On a fait moins, mais on a vécu plus.
Peut-être qu’on a enfin arrêté de remplir, répond-il.

Le quatrième jour commence très tôt. Dans les forêts du Sarladais, ils marchent avec un petit groupe, guidés par une femme passionnée. Elle parle doucement, s’arrête souvent.
Le silence fait partie du paysage, explique-t-elle. Si on parle trop fort, on le casse.
À un moment, ils s’arrêtent tous. Un bruit furtif, un souffle. Personne ne commente. Plus tard, il dira : « J’ai partagé un silence avec des inconnus. Et ça m’a fait du bien. »
L’après-midi, assis face aux falaises, ils observent les rapaces.
Ils n’ont pas l’air pressés, dit-elle.
Ils ont l’air accordés, répond-il.
La nuance leur plaît.

Le cinquième jour, ils déjeunent chez un trufficulteur. Le repas est long, ponctué d’histoires, de gestes précis, de silences respectueux.
Ici, rien ne se force, explique l’homme. Ni la terre, ni les gens.
Sur le chemin du retour, il dit doucement :
Je crois que ce séjour ne nous a pas appris à ralentir.
Non, répond-elle. Il nous a rappelé qu’on savait déjà.

En quittant le Périgord Noir, ils emportent autre chose que des souvenirs. Une façon différente de se parler. De manger. D’être là. Et cette certitude rare : ici, la gentillesse des habitants ne se montre pas. Elle se pratique.


Un séjour de 10 jours

Ils sont arrivés pour dix jours. Pas pour fuir quelque chose de précis, plutôt pour vérifier une intuition. Celle qu’on peut encore habiter un lieu au lieu de le consommer. Dès la première soirée aux Les Meulières, autour d’un repas partagé avec d’autres hôtes, la discussion glisse vite vers l’essentiel.
On est venus sans programme, dit l’un.
Alors vous êtes exactement au bon endroit, répond l’hôte en servant un plat mijoté lentement.
Le repas dure. Personne ne regarde l’heure. Ils se couchent avec cette sensation rare : ne pas avoir perdu leur temps.

Jour 2. Ils montent vers Domme à pied, tranquillement. Au belvédère, un couple d’habitués regarde la vallée sans parler.
Vous venez souvent ?
Tous les jours. Et chaque fois c’est différent.
Ils restent ensemble longtemps, comme si personne n’avait envie de rompre cet accord tacite. Le soir, dîner simple, discussions à voix basse. Les corps commencent à ralentir.

Jour 3. Première descente sur la Dordogne en canoë. Ils glissent, s’arrêtent sur une plage de galets. L’eau est fraîche, le silence épais.
On n’a rien fait ce matin, dit l’un.
On a été là, corrige un autre.
L’après-midi se dissout sans effort. Le soir, carnet ouvert, chacun note une phrase. Pas pour se souvenir. Pour comprendre ce qui se passe.

Jour 4. À vélo jusqu’à Sarlat. Les routes sont calmes, exigeantes juste ce qu’il faut. Au marché, une discussion s’engage avec un producteur de noix.
Vous travaillez beaucoup ?
Assez pour aimer ce que je fais.
Ils repartent avec peu, mais avec une conversation en tête. Le soir, cuisine collective aux Meulières. Le repas est lent, imparfait, joyeux. On rit d’un plat raté. On partage le reste.

Jour 5. Forêt du Sarladais à l’aube. Une guide parle peu, mais juste.
Si vous voulez voir, il faut accepter de ne pas chercher.
Un bruit. Un arrêt collectif. Le silence se partage sans gêne.
L’après-midi, repos assumé. Personne ne propose « autre chose ». Et c’est très bien ainsi.

Jour 6. Grande boucle à vélo entre villages et châteaux. Beynac, Castelnaud, la Dordogne en fil conducteur.
Je commence à comprendre pourquoi rien ne crie ici, dit l’un en montant une côte.
Parce que tout tient ensemble, répond un autre.
Pique-nique au bord de l’eau. Les corps fatiguent, mais l’esprit s’allège.

Jour 7. Journée patrimoine lent. Village troglodytique de La Madeleine, puis Les Eyzies.
Ils vivaient ici avec presque rien.
Et pourtant ils étaient là.
L’après-midi, canoë jusqu’à Beynac. Baignade, sieste sur les galets. Personne ne parle de performance.

Jour 8. Journée slow food. Atelier cuisine avec un chef local.
Vous voyez, dit-il en coupant lentement, le goût vient quand on cesse de se dépêcher.
Le déjeuner s’étire. Les producteurs restent à table. Les discussions dérivent vers les saisons, la transmission, la fatigue aussi.
Ici, on ne sépare pas le travail de la vie, résume quelqu’un.

Jour 9. Balade guidée sur la biodiversité. Plantes sauvages, gestes anciens, savoir discret.
On a désappris à regarder, dit l’un.
L’après-midi, randonnée libre. Certains écrivent, d’autres dessinent. Personne ne commente le choix des autres. Le soir, dernier dîner partagé. Peu de mots. Beaucoup de regards.

Jour 10. Dernière matinée à vélo, retour doux vers Domme. Puis flânerie finale dans la bastide. Achats réfléchis, conversations brèves mais sincères.
On ne repart pas avec des souvenirs, dit l’un.
On repart avec une manière, répond un autre.

En quittant le Périgord Noir, ils comprennent ce qui a rendu cette immersion possible. Les paysages, bien sûr. Mais surtout les habitants. Leur gentillesse tranquille. Leur façon de laisser de la place. Ici, le slow tourisme n’est pas un concept. C’est une culture partagée, qui permet aux visiteurs de redevenir, simplement, des êtres humains à la bonne vitesse.