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Ils arrivent aux Meulières avec ce mélange familier d’envie et de fatigue. L’ancienne ferme ne cherche pas à séduire. Elle est là, simplement, posée dans la nature, avec ce confort discret qui ne s’impose jamais. Le silence n’est pas vide, il est accueillant.
J’ai l’impression qu’on peut enfin poser quelque chose, dit l’un d’eux en déposant son sac.
Oui… pas seulement les affaires, répond l’autre.

Le premier soir, une question inattendue circule doucement dans la maison :
On mange tous ensemble ?
Il y a un léger temps d’hésitation, puis le sourire de l’hôte, calme, évident :
Ici, les plats aiment les conversations.

Autour de la grande table, les voix se cherchent, puis se trouvent. On ne se présente pas tout de suite par ce que l’on fait, mais par ce que l’on aime. Le repas est simple, composé de produits venus d’à côté, mais rien n’est banal. Les plats arrivent lentement, comme s’ils respectaient le rythme des échanges.
Ça fait longtemps que je n’ai pas mangé sans regarder l’heure, avoue quelqu’un.
Ici, elle finit toujours par oublier qu’elle existe, répond une autre hôte en riant.
Ils mangent plus lentement qu’à l’accoutumée. Volontairement. Et quelque chose se détend.

Le lendemain, au marché de Sarlat, une productrice parle de ses légumes comme on parle d’un équilibre fragile.
Vous vendez bien aujourd’hui ?
Elle sourit, presque surprise par la question.
Je vends juste ce qu’il faut. Après, je rentre déjeuner.
Sur le chemin du retour, personne ne parle pendant un moment.
Tu te rends compte, dit enfin l’un d’eux, toute une économie qui tient sur cette phrase.
Ils n’achètent pas beaucoup. Mais ils savent exactement pourquoi ils achètent.

Aux Meulières, un autre soir, ils cuisinent ensemble ce qu’ils ont rapporté. Le plat n’est pas parfait. Un peu trop salé, un peu trop cuit. Personne ne s’en excuse.
C’est drôle, dit quelqu’un, je crois que ce plat est meilleur parce qu’on l’a raté ensemble.
On rit. On partage. Le repas devient un prétexte. À quoi ? À raconter d’où l’on vient, ce qui nous fatigue, ce qui nous relie encore au monde. La nourriture cesse d’être un produit. Elle redevient un lien.

Un jour, chez un trufficulteur, la discussion glisse naturellement vers le temps.
Ici, rien ne se force, explique-t-il en regardant la terre. Ni la terre, ni les gens.
Plus tard, lors d’un atelier avec un chef local, la même idée revient, formulée autrement :
Le goût vient quand on cesse de se dépêcher.
Ils comprennent alors que le respect du rythme naturel n’est pas une contrainte, mais une liberté retrouvée. Travailler, manger, vivre sans se couper de soi.

Entre deux repas, il y a les silences. Ceux des forêts, tôt le matin, quand personne ne parle parce que personne n’en ressent le besoin. Ceux de la vallée de la Dordogne, quand le regard suffit.
Je n’avais jamais vécu un silence aussi confortable, murmure l’un d’eux.
Parce qu’ici, il y a de la place, répond l’autre. Pour soi. Et pour les autres.

Les jours passent sans s’additionner. Le voyage cesse d’être une succession d’étapes pour devenir une expérience intérieure. Un retour à soi, mais jamais replié. Une ouverture, au contraire. À la nature, aux autres, au monde tel qu’il pourrait être quand on accepte de ralentir.

Le dernier jour, une inquiétude légère surgit, presque par habitude :
On n’a pas tout fait…
Un sourire se dessine.
Justement.

Avant de partir, quelqu’un formule ce que tous ressentent déjà :
On ne repart pas avec des souvenirs.
On repart avec une manière, complète un autre.
Une manière de se parler. De manger. D’écouter. D’être présent.

En quittant le Périgord Noir, ils comprennent que cette transformation n’est pas seulement due à la beauté des paysages. Elle est née de la gentillesse tranquille des habitants, de leur art de laisser de la place — au silence, à la lenteur, à l’autre.

Aux Meulières, le slow tourisme n’est pas un discours. C’est une culture vécue. Une attention portée à l’humain, à la terre, au temps. Et cette impression rare, profondément apaisante, d’avoir retrouvé, l’espace d’un séjour, la bonne vitesse pour être au monde.